Cancer du sein : les déodorants sont disculpés.La rumeur court depuis près d’une décennie : les déodorants favoriseraient le développement de cancer du sein. Alors, info ou intox? « Intox » répondent les experts. Mesdames, soyez rassurées : non, l’utilisation d’un déodorant ou d’un antitranspirant ne constitue pas un risque de développer un cancer du sein, même si vous appliquez le produit juste après vous être rasé les aisselles. Cette rumeur, née dans les années 1990, a été formellement démentie par les travaux d’experts français de renommée nationale et internationale*.
« L’hypothèse selon laquelle l’utilisation des antitranspirants pourrait entraîner une accumulation de toxines dans l’organisme n’est pas fondée : les “présumés responsables” pourraient être les sels d’aluminium, substances entrant dans la composition des cosmétiques. Mais l’analyse des données scientifiques disponibles ne montre aucun lien entre ces substances et le cancer du sein » explique le Dr Elisabeth Luporsi, oncologue au Centre Alexis Vautrin (Nancy) et membre de ce groupe d’experts.
C’est un e-mail signé par un certain Pr Larrosa qui serait à l’origine de cette rumeur. Et si ce monsieur existe bien (il est professeur à la faculté des sciences de la République Orientale d’Uruguay), il a personnellement démenti être à l’origine du message d’alerte qui a envahi les boîtes aux lettres électroniques avant d’être relayé par les médias traditionnels.
La rumeur a été relancée et appuyée par un petit nombre d’études scientifiques publiées au début des années 2000. Ces études se fondent sur l’analyse des habitudes d’hygiène corporelle de femmes atteintes d’un cancer du sein, telle que la fréquence de leur recours à un déodorant.
Selon le Dr Luporsi et ses confrères, ces études sont loin d’être convaincantes : « L’étude plus précise des habitudes de vies communes des femmes souffrant d’un cancer du sein permettraient sans doute de découvrir que la plupart d’entre elles utilisent un sèche cheveux, regardent la télévision… serait-il pour autant raisonnable de conclure que ces habitudes peuvent être tenues pour responsables du cancer du sein? ». Les travaux s’appuyant sur une méthodologie jugée rigoureuse par le groupe d’experts ne trouvent en revanche aucune association entre l’usage des déodorants et le risque de cancer du sein.
Ces conclusions rejoignent d’ailleurs celle de l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé qui s’est prononcée en faveur de l’innocuité des sels d’aluminium dans les antitranspirants.
*M. Namer et coll., “Bulletin du Cancer”, 2008, vol. 95, pp. 871-880